lundi 18 mai 2009

ANTHROPOLOGIE DE LA NATURE

intro :

Discipline un peu marginale en France, elle est très liée à la philosophie. Elle a pour objet de comparer les cultures, de déterminer leurs logiques et éventuellement d'en trouver les dénominateurs communs. Elle s'intéresse aux contradictions, aux fausses évidences. L'anthropologie tente de comprendre un système réel, et non les représentations de ceux qui en font partie. Elle sert souvent de faux alibi à un tas d'idées plus ou moins nettes (ex. débat sur l'IVG, l'homoparentalité, l'immigration, etc.)

Le français le plus connu est C. Lévi-Strauss. Ici, il s'agit des travaux de son dernier élève, P. Descola qui occupe la chaire d'anthropo de la nature au C d F : Par Delà N & C. En marge, il sera aussi question de l'un de ses amis qui enseigne à l'IEP : B. Latour.

Comme l'Anthropo s'intéresse aux évidences apparentes, ce la nous fournit le 1er sujet de discussion : quels problèmes posent l'idée de nature ? Aussitot suivi par le 2nd : la comparaison avec d'autres cultures. Mais comme nous sommes en politique, il faut aussi voir ce qui peut en être tiré : objet du 3e moment.

1/ La nature, c'est le contraire de la culture.

C'est en tout cas la thèse défendue naguère par Lévi-Strauss : soit on voit un fait universel (c'est la nature), soit une règle locale (c'est la culture). Il suit l'héritage antique : natura en latin, ce qui échappe à l'homme et cultura qui est orientée par l'homme. En grec, les termes phusis (le processus "naturel") et nomos (la loi humaine). En gros, la nature, c'est ce qui est au-dehors, c'est l'épouvantail de la sauvagerie, c'est l'instinct animal, c'est la négation de la société, c'est le contraire de l'éducation. De plus les 3 monothéismes autorisent les fils d'Adam à se servir de tout le reste.

Or, chose curieuse, on fait régulièrement appel aux lois de la nature pour parler des sociétés : la loi du plus fort, la métaphore des abeilles, les déterminismes climatiques, etc. Dans l'autre sens, Bruno Latour fait remarquer que la nature est expliquée selon des logiques humaines. Du coup, il devient difficile de définir la nature, ce qui lui a fait dire que la nature n'existait pas. A charge : les espèces sélectionnées par l'homme au détriment des autres (vaches, céréales, etc). Or, il y aura toujours quelque chose qui nous échappe : abeilles en ville, l'herbe entre les pavés, etc.

Cela fait de la nature l'autre nom de l'imprévu, alors que c'est justement ce qui est en danger et qu'il faut sauvegarder. La lecture anthropologique part vers un autre sens, une édfinition par défaut : la " nature " comprend tout ce qui n'est pas dans la cité politique. Elle va des idioties sur le " bon sauvage " à la biodiversité. Renforcer la protection de la nature, c'est aussi renforcer l'emprise humaine sur tout ce qui l'entoure. Pour Latour, l'écologie politique ne peut qu'échouer parce que la nature s'oppose nécessairement à la politique.

Nous pouvons en retenir que le mot NATURE implique des incohérences et fait douter qu'elle soit une chose en soi. D'où le besoin de voir su l'herbe est + verte dans d'autres sociétés.

2/ Comment les sociétés traditionnelles perçoivent-elles les choses ?

Une expérience assez riche basée sur l'étude de centaines de sociétés réparties sur la planète. ce genre de travail se fait dans des sociétés réduites à un village d'une 100 aine de personnes, souvent avec des densités de population très faibles. Ces populations traditionnelles font envie par leur frugalité, leur respect de l'environnement (le dernier des mohicans s'excuse après la chasse), leur empreinte écologique est nulle. On ne gaspille pas ; tout sert à quelque chose chez les chasseurs-cueilleurs comme chez les éleveurs. Alors que peuvent-ils nous apprendre sur la nature ?

Rien. Rien, parce qu'ils n'opposent pas les humains avec ceux qui n'en sont pas : des "Non-humains". La Nature telle que nous pouvons le comprendre reste une fiction qui ne regarde que nous, sûrement pas les autres cultures. Alors, que voit-on ? 4 possibilités :

- les Jivaros, les pops de Sibérie et d'Asie SE ont l'habitude de traiter les animaux et les plantes comme des êtres sociaux. Avec un chef de tribu pour chaque espèce. On passe un deal pour chasser comme pour jardiner ou chasser. Comme dans spirit. On utilise les mêmes mots pour la proie et le beau-frère. le mot animal ou plante n'existe souvent même pas : on dit "nos gens". Il faut demander l'autorisation du singe pour le tuer ; on s'excuse après non par gentillesse mais par diplomatie envers la tribu chassée. Du coup, on chasse sans domestiquer, on jardine sans passer à l'agriculture.

Je m'attarde un peu parce que c'est le contraire exact de notre culture. Descola l'appelle ANIMISME. C'est l'anti-Descartes : l'animisme considère que TOUT être possède une âme, une culture et une société, mais que la matière change. Là où les conquistadores se demandaient si les Indiens avaient une âme ; les indiens se demandent de quoi est fait le conquistadore et regardent pourrir son corps, vu que - à l'évidence - tout le monde a une âme. Une âme et une société équivalentes, au point que les animaux sont en fait des humains à l'intérieur. Nous nous demandons ce qu'est la culture des chimpanzés, les animistes se demandent comment on peut traiter avec eux.

- En Australie, mais aussi dans certaines pops Amérindiennes et africaines, les animaux servent de totems (les plantes aussi, mais plus rarement). Ces totems font partie de la société au point qu'elles lui servent de repère. C 1 Repère familial : on se reconnaît par le totem. C 1 repère physique : on se reconnaît parce que le physique doit évoquer le totem. C1 repère psycho & éducatif : il faut respecter les mêmes comportements que le totem. C'est le modèle frère des ours. Attention, c'est un peu particulier : au lieu d'avoir les humains et les non-humains, on a des ensembles qui mêlent les deux : le totem kangourou comprend le clan et les animaux. A côté, on aura le clan léopard (H & NH), etc à l'infini. Ici, tout est commun : le corps et l'esprit. Le totem guépard oblige ses membres à courir vite, rester minces et manger les proies qui tombent côté droit.

- Reste la dernière possibilité : pas de ressemblance, mais l'idée d'un lien automatique entre tout ce qui existe dans le monde : l'état du monde - la société - le chef d'Etat. Attention, on n'attribue pas de cause matérielle, mais morale. Sarko est un sale type, donc le cosmos est malade, donc je ne me sens pas bien. Cette fois, c'est Cuzco l'empereur mégalo. Descola appelle cela l'ANALOGISME. on le trouvera dans tous les bons horoscopes, la médecine chinoise, le malade imaginaire ( les Diafoirus) et les empires centralisés comme Rome.

A part notre vision des chose, toutes ces sociétés ont en commun de faire un lien entre la société humaine et le reste. Les non-humains font partie du politique : Cuzco fils du soleil ; le totem ours contre celui du fusil de chasse ; la tribu Jivaro contre la tribu perroquet. Il sera donc difficile de se référer à la nature comme si c'était un universel. Alors, que pouvons-nous en tirer ?

3/ Que peut nous apporter l'anthropologie de la nature ?

2 conséquences politiques : On peut éliminer tout de suite le modèle des " sociétés traditionnelles " pour plusieurs raisons :

1- il s'agit de sociétés strictement locales, qui ont été écrasées par les gouvernements centraux, au Brésil notamment. Les densités de population concernées sont très faibles. Les contextes n'ont rien de comparable. Sauf à retourner à 10 - 30 hab/ km2.

2- les chasseurs-cueilleurs envisagent les non-humains comme des tribus, des entités sociales et politiques. choses que la domestication de l'animal a brisées. ici, les rapport sociaux avec les animaux se font à titre individuel ; le chat, le chien, le cheval... à partir du moment où les plantes et les animaux n'existent pas comme des groupes équivalents, il devient impossible d'appliquer réellement un droit des animaux (qui existe pourtant), il en va de même pour l'idée de valeur intrinsèque des espèces.

3- bruno Latour proposait sans rire un parlement des animaux, pour qu'ils entrent dans le corps civique. on demande un député des pitt-bull, une commission de reconnaissance du statut d'irradié pour les fraises espagnoles, une loi mémorielle sur les abattoirs, etc. la proposition est fantaisiste. (rappel : IEP et accusation " d'échec Vert ! ").

4- l'animisme qui semble si séduisant a peu de chances de prendre. c'est l'exact contraire de la culture dominante. même en se concentrant, personne ne pourra penser dans une culture qui est l'exact opposé de la sienne, si grande soit la considération pour les animaux (qui jouera aux échecs avec son hamster ?).

Donc, prenons acte de l'Apartheid Humains / non-humains. j'y vois l'une des raisons de la grande facilité avec laquelle les Verts peuvent être accusés de n'être pas un vrai parti. La nature, c'est pas la politique pour pas mal de nos concitoyens. ajouté à l'histoire du parti, bien sur... En tout cas, le transfert des autres formules n’est pas compatible, il faut bien accepter les contraintes de la division H/ Nh.

la 2e csq Pol. est que la "nature", comme elle n'est pas universelle, ce n'est pas une chose en soi, elle ne peut légitimer en aucun cas les valeurs humaines comme si elles étaient des choses absolues (sexualité, instinct, nature humaine, hiérarchies sociales, essentialisme de genre, classe ou ethnie.
du coup, toute idée fondée sur " la nature " manquera d’objectivité et de légitimité, car elle dépendra des valeurs humaines locales pour exister dans les têtes. L’idée même de nature pose finalement plus de contradictions qu’elle n’en résout. Il vaut alors mieux ne parler que d’environnement autour de la société.

cela ancre les Verts à gauche - la question est parfois posée - vu que le capitalisme ne peut être accepté comme une prétendue « loi naturelle », pas plus qu’aucune loi qui se réclamerait comme telle en économie. l’économie de l’environnement demande d’être anti-capitaliste, en ce qu’il tend toujours au moins disant social et environnemental.

prendre la nature comme valeur en soi comporte des risques :

1/ se faire piquer son objet : un simple « green Washing » suffit maintenant, justement parce que la « nature » peut sembler une valeur suffisante. la valeur "nature" peut détruire une pensée de l'environnement.

2/ continuer à subir la concurrence classique l'emploi contre la nature. autre formule de la société contre la nature.

3/ se faire mettre à l'extrême droite par des essayistes à la luc ferry (le Nouvel ordre écologique)

4/ tomber dans le piège de l'appropriation par des experts, et prêt le flanc à l'accusation de confiscation anti démocratique.

Cela signifie aussi que la « nature » ne peut se suffire à elle-même comme valeur intrinsèque dans les politiques de protection de l’environnement.
d'autre part, les intérêts environnementaux et humains (H & nh) convergent sans avoir besoin de tordre les idées dans tous les sens. protéger l'environnement, c'est le socialiser.
c'est faire accepter l'idée que c'est une propriété commune, inaliénable. si le droit des animaux n'est pas respecté, faisons d'un environnement sain l'un des droits de l'homme ; un droit social de l'environnement.